Etude e-santé : le paradoxe français

Faire émerger l'offre française en répondant aux besoins des acteurs de santé

La présente étude a été confrontée à un paradoxe : la littérature démontrant les bénéfices de l’e-santé est abondante, les évaluations des nouveaux marchés s’y expriment en milliards d’euros, un discours consensuel réunit pouvoirs publics, industriels, représentants des patients et professionnels de santé pour engager la France sur l’e-santé.

Pourtant, force est de constater que l’usage réel est timide et surtout que les perspectives restent incertaines. Face à une situation où le discours peine à rencontrer la réalité, l’étude a pu constater une impatience manifestée aussi bien par les start-ups emblématiques que par les grands acteurs industriels, et un doute sur l’avenir alors que le seul acteur public dont l’activité est dédiée à l’e-santé parait encore fragile.

Médecin avec son smartphone illustrant le secteur e santé

Un concensus en faveur du développement rapide de l'e-santé

Pourtant, via les programmes soutenant le développement d’une économie fondée sur le numérique et l’innovation industrielle, les pouvoirs publics favorisent celui de l’e-santé.

Le programme Investissements d’Avenir en économie numérique ou des mesures plus générales en faveur des entreprises en développement comme la French Tech profitent à l’e-santé tout comme, localement elle bénéficie des programmes de développement économique via les pôles de compétitivité ou bien des incubateurs d’entreprises promus et financés par les collectivités locales.

Par ailleurs, elle bénéficie plus spécifiquement des programmes du ministère de la Santé mis en place à la suite de la loi HPST de juillet 2009 et de la stratégie nationale de santé annoncée en janvier 2013. Ainsi, des financements spécifiques et un suivi au plan national accompagnent des projets emblématiques comme ceux promouvant la télémédecine (expérimentations art.36 de la LFSS 2014) et la santé numérique (programmes Territoire de Soins Numérique depuis 2013) ou les programmes d’échanges entre les professionnels de santé en hôpital et en ville via, par exemple, depuis 2012, le projet des messageries de santé sécurisées (MSS).

De même, le secteur de l’assurance santé complémentaire et celui de l’assistance s’en emparent afin de renforcer l’attractivité de leur offre. Le consensus semble donc bien inspirer le marché en faveur du développement rapide de l’e-santé dans ces différentes applications.

L’étude n’a donc pas cherché à convaincre des bienfaits de l’e-santé, mais s’est focalisée sur une préoccupation : comprendre pourquoi le système de santé français ne tire pas parti de l’e-santé à l’égal d’autres marchés tels celui du Royaume-Uni si proche, des Etats-Unis, du Japon et ou encore de la Corée du Sud.

De cette question centrale ont découlé plusieurs interrogations :

  • Pourquoi malgré le dynamisme de ses start-ups et la compétence de ses professionnels toutes disciplines confondues - qui attirent les grands noms de l’industrie mondiale -, la France ne parvient-elle pas à créer des champions à l’échelle internationale ?
  • Pourquoi l’excellence médicale française ne s’appuie-t-elle que marginalement sur l’e-santé ?
  • Pourquoi les expérimentations restent-elles des expérimentations ?
  • Quels sont donc ces leviers que les pays plus en avance dans l’usage de l’e-santé ont su activer ?

Si demain l’e-santé est largement adoptée dans les pratiques sur toute la chaîne du soin (prévention, soins aigus, accompagnement et suivi à domicile), nos entreprises seront-elles en position de force pour répondre à la demande avec des solutions suffisamment matures pour délivrer la qualité et la fiabilité attendues pour un usage professionnel soumis à des exigences fortes ?

Si ce n’est pas le cas, le risque est que l’on préfère alors des solutions étrangères qui ont pu se déployer sur des marchés plus précoces. Nous passerions alors dans l’ère de l’e-santé, mais sans que cela soit au bénéfice de nos entreprises nationales.

La course de vitesse est donc engagée pour répondre à la politique nationale de santé tout en favorisant la croissance d’un secteur économique prometteur.

En 2015, de toute évidence, l’e-santé reste une promesse, celle d’un marché florissant, dynamique et innovant, au bénéfice de l’amélioration des services rendus à la population et aux professionnels de santé, offrant de nouveaux métiers et un relai de croissance à notre économie.

Le présent rapport formule en conséquence des recommandations afin de transformer la promesse en réalité dans un esprit pragmatique et cohérent avec la sensibilité des très nombreux acteurs du système de santé que l’étude nous a permis de rencontrer.